Chômage des diplômés, filières saturées, orientation par défaut : derrière le rêve scolaire, de nombreux jeunes burkinabè découvrent une réalité brutale après l’université. Dans cette analyse, Adama Amadé SIGUIRÉ, enseignant de philosophie et expert en gouvernance éthique, interroge les non-dits du système éducatif et plaide pour un discours de vérité aux élèves sur l’orientation, les filières et les réelles perspectives d’insertion professionnelle.
Il est jeune, diplômé et pourtant sans emploi. Trois ans après l’obtention de sa licence, ce jeune rencontré récemment à Ouagadougou continue de courir derrière les concours administratifs, sans succès.
« Chaque année, je tente. Mais ça ne donne pas », lâche-t-il, le regard marqué par le découragement.
Son témoignage illustre une réalité largement partagée au Burkina Faso : le fossé entre l’école et le marché de l’emploi.
Après parfois plus de 18 années passées sur les bancs, de nombreux diplômés se retrouvent sans perspectives claires. Une situation qui soulève une question fondamentale : dit-on toute la vérité aux élèves sur l’école et l’orientation ?
Une promesse scolaire de plus en plus fragile
L’enseignement général est souvent présenté comme la voie normale, voire obligatoire, vers la réussite sociale. Pourtant, certaines filières universitaires, aujourd’hui saturées, offrent peu de débouchés concrets. Le silence autour de cette réalité contribue à nourrir l’illusion, puis le désespoir.
« Faire autant d’années d’études pour se retrouver dans cette situation, c’est triste. Il faut avoir le courage de dire la vérité aux élèves », confie Adama Siguiré
L’orientation doit partir du niveau réel de l’élève
L’orientation scolaire devrait être pensée très tôt, dès le premier cycle, en tenant compte des capacités réelles de l’élève.
Pour les élèves en difficulté entre la 6ᵉ et la 3ᵉ, notamment ceux qui reprennent le BEPC à plusieurs reprises, l’enseignement général n’est pas toujours la meilleure option.
Une orientation vers les lycées professionnels ou la formation professionnelle permet d’apprendre un métier en deux ou trois ans (agriculture, élevage, couture, menuiserie, soudure, coiffure, pisciculture, etc.).
À 20 ans, l’activité peut démarrer. Avec rigueur et formation continue en gestion, une réussite progressive est possible.
Pour les élèves de niveau moyen, ayant obtenu le BEPC sans redoubler mais avec une moyenne ne dépassant pas 12, l’enseignement technique apparaît comme une alternative pertinente.
Les séries G1 ou G2, suivies de filières comme le commerce, la comptabilité ou le marketing, peuvent ouvrir la voie à l’entrepreneuriat, à condition d’agir très tôt.
L’université ne devrait pas exclure l’initiative économique.
Pour les élèves brillants, avec une moyenne supérieure à 13 ou 14, les séries scientifiques (C, D, H) demeurent porteuses.
Médecine, ingénierie, sciences physiques ou mathématiques restent des domaines où l’excellence favorise l’insertion, même si elle n’est jamais totalement garantie.
La série A : un choix à haut risque sans passion réelle
De nombreux élèves s’orientent vers la série littéraire par peur des mathématiques et des sciences physiques. Un choix souvent lourd de conséquences.
Aujourd’hui, les diplômés en lettres sont nombreux, tandis que les opportunités professionnelles sont limitées.
Seuls les très bons ou excellents profils parviennent à s’imposer, notamment dans les concours très sélectifs. Pour les autres, l’insertion reste difficile, même après de longues années d’université.
Le véritable problème n’est pas l’école elle-même, mais le manque de vérité sur ses limites et sur les réalités du marché de l’emploi.
Continuer à orienter sans discernement, c’est exposer des générations entières à la frustration et au chômage.
Dire la vérité aux élèves, valoriser les métiers techniques et professionnels, et adapter les parcours aux capacités réelles : c’est à ce prix que l’école pourra redevenir un levier d’espoir plutôt qu’une fabrique de désillusions.
Adama Amadé SIGUIRÉ
Écrivain professionnel
Consultant / Expert en médiation, diplomatie et gouvernance éthique
Enseignant de philosophie
Educateur du Faso







