Procès Yé Yaké Camille et autres : témoignages et projection des biens saisis au 4ᵉ jour

Le procès de Yé Yaké Camille et de ses co-prévenus s’est poursuivi ce jeudi 26 février 2026 devant le Tribunal de grande instance Ouaga I, avec l’audition de nouveaux témoins et la projection d’images des biens attribués au principal prévenu.

Huit personnes sont poursuivies pour détournement de deniers publics, complicité, enrichissement illicite et blanchiment de capitaux, dans un dossier connexe à celui d’Amidou Tiegnan, relatif à un présumé détournement de plus de 3 milliards FCFA au ministère de l’Action humanitaire.

Appelé à la barre, Issiaka Sangaré a contesté toute participation à un détournement de deniers publics. Il est celui qui avait reconnu avoir encaissé un chèque de 12 millions FCFA pour la gestion d’une activité d’un groupe interministériel.

Il a également évoqué la prise en charge du déjeuner de l’ancien Premier ministre, Apollinaire Joachimson Kyélem de Tambèla, avec des personnes déplacées internes à Ouahigouya en 2024. Lors d’une audience précédente, il était ressorti qu’un chèque de 10 millions FCFA avait été encaissé pour cette activité.

Cependant, Amidou Tiegnan, déjà condamné dans le dossier principal, avait affirmé que ces fonds n’avaient pas servi à l’activité du chef du gouvernement, mais avaient été partagés. Il avait également été précisé que les 10 millions FCFA avaient été encaissés sur un compte qu’il gérait.

À la barre, Issiaka Sangaré a soutenu que l’activité du Premier ministre avait été financée à partir des comptes de la régie et de ceux d’Amidou Tiegnan. Il affirme que les fonds lui ont été transférés par voie électronique, notamment via Orange Money, alors qu’il se trouvait déjà à Ouahigouya.

« Je ne peux pas être à Ouahigouya et à Ouagadougou en même temps pour toucher un chèque », a-t-il déclaré, précisant être domicilié dans un non-loti et ne posséder aucune parcelle.

Le tribunal a ordonné la projection d’images des réalisations attribuées à Yé Yaké Camille.

Sur la base d’informations recueillies par des officiers de police judiciaire, le parquet a présenté des images de plusieurs constructions érigées sur une parcelle située à Borgo, à Ouagadougou. Selon le procureur, le chantier aurait connu un arrêt brutal en raison du procès en cours.

Des images de l’auberge « Le Petit Baobab » à Boromo, montrant l’intérieur et l’extérieur des installations, ont également été projetées. S’y ajoutent celles d’un magasin présenté comme appartenant au prévenu, ainsi que d’une ferme située à Bagassi où, selon le parquet, des bœufs et des poulets étaient déjà visibles. Le procureur a indiqué que l’ensemble de ces biens a fait l’objet de saisies.

Prenant la parole, l’avocat de Yé Yaké Camille a contesté la pertinence de cette projection, s’interrogeant sur son objectif. Le juge lui a répondu qu’aucun texte n’interdisait la production et la projection d’une telle pièce, lui demandant s’il disposait d’une disposition légale contraire. L’avocat a répondu par la négative.

Amidou Tiegnan évoque des partages de fonds

Les témoins Amidou Tiegnan et Salifou Ouédraogo, déjà condamnés dans le dossier principal, ont été rappelés à la barre.

À l’audience, Amidou Tiegnan a déclaré que les fonds issus de la surfacturation des besoins exprimés par le CONASUR étaient d’abord partagés entre Yé Yaké Camille et Salifou Ouédraogo, avant que sa part ne lui soit transmise.

Interrogé sur le montant total partagé, il a indiqué ne plus se souvenir du chiffre exact. Il a toutefois reconnu que le montant le plus élevé qu’il ait perçu lors d’un partage ne dépassait pas 3 à 4 millions FCFA, le minimum avoisinant 500 000 FCFA.

Selon lui, la part la plus importante revenait systématiquement à Yé Yaké Camille, qui justifiait cela par l’existence d’autres charges à couvrir.

Le procureur a rappelé que le prévenu a déclaré avoir investi environ 130 millions FCFA dans son chantier de Borgo et a interrogé le témoin sur la cohérence entre ces investissements et les revenus déclarés. Amidou Tiegnan a estimé que Yé Yaké Camille pouvait investir bien au-delà de ce montant, affirmant qu’il aurait perçu d’importantes sommes issues des partages, en plus d’autres revenus.

L’avocat de la défense a exigé la production de preuves concrètes des partages évoqués. Amidou Tiegnan a répondu que ceux-ci se faisaient toujours dans le bureau de Yé Yaké Camille. La défense a alors dénoncé des propos qu’elle qualifie de délation.

Salifou Ouédraogo confirme des partages réguliers

À son tour, Salifou Ouédraogo a confirmé l’existence de partages réguliers après l’encaissement des chèques. Il a déclaré que Yé Yaké Camille conservait généralement la part destinée à Amidou Tiegnan pour la lui transmettre ultérieurement.

Le témoin reconnaît avoir des difficultés à se souvenir des montants exacts, mais affirme avoir perçu un million FCFA lors d’un partage. Selon lui, c’est Yé Yaké Camille qui exprimait les besoins, notamment pour des dépenses liées au cabinet de la ministre.

Il a ajouté que lorsque ces besoins étaient formulés, des surfacturations étaient opérées sur les expressions de besoins du CONASUR, et que les partages intervenaient après encaissement des chèques.

Fin de la première phase des comparutions

La première partie du procès, consacrée à la comparution des quatre premiers prévenus, a pris fin ce 26 février. La deuxième phase s’ouvrira le 27 février avec la comparution de l’ancienne ministre Laure Zongo/Hien et de trois autres prévenus.

Diallo Adama 

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